Bonneuil en Berry

Bonneuil en Berry

Triple secrétaire de mairie de 1938 à 1986 : Pierre C.

Né le 4 février 1924 à Bonneuil  

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       « Une mauvaise date parce ma femme est décédée le 4 février 2007…

          Un jour d’anniversaire c’est moche… »

 

 

 

« Mon père était déjà maire, puisque je sais qu’il était maire avant d’être père… Quant à moi, j’ai embauché à la mairie de Bonneuil le 1 er août 1938, j’avais 14 ans et demi, on m’a donné la clé et on m’a dit : débrouille-toi mais personne ne m’a jamais dit ‘' il ya une bulletin de naissance ici, il y a un extrait de mariage par là’'…non rien ! Ce serait aujourd’hui, ça ne marcherait pas. 

J’avais eu mon certificat d’étude à 12 ans et je me rappelle quand à la rentrée suivante, l’institutrice est venue me chercher, on était à la maison avec mes parents, elle a dit  "vous n’allez pas laisser Pierre comme ça, il faut lui faire continuer l’école… " mon père lui a répondu: " il y a du boulot à la maison, il ne s'en ira pas de là"…et puis… ben…j'ai pris la charrue et puis, plus tard, je ne sais pas trop ce qui s'est passé à la mairie avec les instituteurs, bref, il n'y avait personne au secrétariat et c'est alors que le père m'a dit: " et si t'essayais?'' et ça c'est pas mal passé… »

 

Triple secrétariat…

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« J’ai commencé à Bonneuil le 1 er août 1938, à la mairie de Beaulieu : le 1 er mai 1946 ; c’est le service du ravitaillement de Chateauroux qui est venu me chercher parce qu’ils n’avaient personne à Beaulieu et le père Gilet, alors maire de Beaulieu me dit : ‘' dis donc, j’ai appris que tu venais donner les cartes d’alimentation à Beaulieu, si tu faisais la mairie complète ? ’’ Celui de Jouac est venu me chercher le 1 er août 1964. Et j’ai tout arrêté le 30 avril 1986. Un demi siècle, pas loin….

 

 

 Vous savez à l’époque, on dépendait complètement du conseil municipal, il n’y avait pas des lois comme maintenant, on pouvait être viré du jour au lendemain ! Aujourd’hui vous pouvez demander à rentrer à la préfecture … ça marche ou pas mais c’est autre chose…»

 

Démarché …

« je vais vous dire quelque chose : Le maire du Blanc est venu me chercher, je me rappelle, il est venu me voir, he bien j’ai dis non ! Vous savez, j’avais la ferme à côté, c’est ce qui m’a un peu gêné. Et puis contrairement à ce qu’on pourrait dire, la politique : j’aime pas ça ! Et M. était marqué politiquement. Et puis au Blanc, il fallait tenir la cadence…c’était autre chose. »

 

Ecrivain public, comptable …

« Moi qui ai connu le secrétariat de mairie depuis 38, c’était largement aussi intéressant que maintenant, parce que, si vous voulez, on était autant assistante sociale que secrétaire….

Une année, j’ai fait  70 déclarations de revenus dans l’année ! 

 

Moyennant salaire ?

« Vous rigolez ??? ah si, j’étais invité quelque fois à casser la croûte. Mais non…si je m’étais fait payer j’en aurais pas fait 70 de toute façon! …»

 

Un moment difficile …

« Quand Monsieur Bellot a été élu maire, c’était difficile de passer de mon père à lui, contrairement à ce qu’il pouvait penser, ça m’a rendu service que ce ne soit plus mon père… ça m’arrangeait, je n’avais plus à faire à ma famille… ça a été un peu difficile un certain temps surtout qu’il y avait 3 contestataires qui étaient un peu méchants…Monsieur B, le secrétaire général de la sous-préfecture m’avait dit : ‘'donnez leur ce qu’ils demandent’'. Je crois qu’ils venaient surtout voir mon salaire !...

Mais sans doute le plus difficile, ça a été en 39 quand on a fait les cartes d’alimentation, avec toutes les catégories possibles et inimaginables. Il y avait pour les jeunes, pour les anciens, pour les travailleurs et je débutais. C’était pas rien, et tous les mois, les gens venaient chercher les bons, les tickets pour le carburant… vous vouliez acheter une serpette il fallait un bon, vous vouliez acheter un pneu, il fallait un bon … c’était impossible, c’était vraiment pas le diable ….»

 

Le monument aux morts, le tout à l’égout, la station d’épuration…

«  C’est monsieur Bellot qui l’a mis en place. Ça remonte loin… sans doute en 1950 Quand au tout à l’égout c’est Jojo Bazin qui l’a fait mettre et je vais vous raconter, parce que je vous garantis qu’on a passé des soirées… parce que ça s’est pas fait comme ça d’un coup :

 On avait la DDA qui était contre, parce qu’on était une trop petite commune …. Jojo s’est trouvé invité  à la réunion des Maires de France, je lui avais dit d’emporter la lettre de la DDA pour la montrer au sénateur ou à Chaban Delmas qui était alors 1er ministre.

A l’apéritif Chaban serre les mains ‘' bonjour… bonjour…est-ce qu’il y a quelque chose qui va pas … ‘' Jojo, sort la lettre et la lui montre, Chaban  prend son porte plume et écrit ce qu’il fallait dessus. A son retour, j’ai envoyé cette lettre au directeur de la DDA… ah la la la , la réaction !!!! je vous garantis que le directeur a fait vilain, mais ils ont été obligé d’y passer ! Et c’est comme ça qu’on a été une des premières communes à avoir le tout à l’égout ! Pour ma part, je ne pouvais pas admettre qu’on fasse une tranchée, qu’on amène l’eau et qu’on n’emmène pas l’eau usée… bon il fallait aller un peu plus profond, mais on avait pas à mettre 2 fois du goudron !

Quand à la station d’épuration, vous dites que j’avais pas mon mot à dire en temps que secrétaire, mais ce jour là je l’ai dit :

Il y avait une réunion à Bonneuil pour installer la turbine, la société voulait bien, mais venir installer une turbine depuis Nantes ça ne les intéressait pas. Alors, comment on fait ??? j’ai dit ‘'je me permets de vous demander la parole une seconde’'. Alors ça, je m’en souviens, ça se passait à la mairie de Bonneuil, il y avait les représentants des compagnies, le directeur de la DDA … alors je leur dis ‘' si au lieu d’en vendre une vous en vendiez 2 ? qu’est ce que vous feriez comme différence ? ‘' il me répond ‘'vous auriez les 2 pour le prix d’une !’' Pas beau ??? j’avais derrière la tête de proposer au père Gilet de Beaulieu de faire la même chose qu’à Bonneuil. Et c’est comme ça, que ça s’est fait . C’était en 1974 !»

 

Les  chemins

Quand j’ai commencé, il n’y avait que la route principale, il n’y avait pas un village qui avait une route. Le premier qui a été fait a été celui de La Braudière, après celui de des rivières qui allait aux ordures, celui des champs de la Lande sur la route de Tilly, la route d’Home…

Je vais vous dire : savez-vous que le chemin de La Braudière et celui des poubelles sont empierrés avec des pierres debout, côte à côte, c’était Joyeux qui avait fait ça, avec les charrettes à chevaux, d’ailleurs ces 2 chemins n’ont jamais bougé. Ils sont fait comme ça , je m’en rappelle ! Et devant la porte, là, dans le bourg, il n’y a pas un caillou, c’est du sable et du goudron par-dessus…***

 

Le feu d’artifice

La décision d’implantation d’une fabrique de feux d’artifice ou pas sur 10ha aux quatre routes reposait sur une élection : celle du 10 mai 1981 ! ça s’est passé devant la porte de la cave de jojo Bazin ; les derniers interlocuteurs que nous avons vus, ont dit au maire avant de partir : ‘'Monsieur le Maire, on se reverra ou pas, tout dépend de l’élection de dimanche prochain !’’ Mitterrand a été élu, on les a jamais revus… A la sous-préfecture, ils étaient pas contents, parce qu’ils étaient d’accord et le projet marchait ! Les derniers qui venaient nous voir, c’étaient des vrais professionnels, ils atterrissaient à Poitiers et c’était la sous préfecture du Blanc qui envoyait une voiture pour les conduire à Bonneuil ! Il aurait pas fallu que ça soit Mitterrand…. Et un autre défaut : il y avait de la politique là-dedans…

 

Le mot de la fin

Quand j’ai eu 60 ans le sous-préfet m’a remis la médaille d’or du travail, j’avais réuni les 3 conseils municipaux, eh bien je l’ai gardé à souper, le sous-préfet!

Ça me gênerait pas du tout de revenir à 19 ans, pour tout vous dire : Le métier que je faisais, je le faisais de bon cœur, par contre les 2 dernières années le travail avait changé … J’ai fait mon métier comme j’ai pu, le mieux que j’ai pu sans faire plaisir à tout le monde, toujours, malheureusement… le reste c’est pas facile, j’ai eu une vie courante, sans rien d’extraordinaire, on a fait ce qu’on a pu, on a réussi ou pas réussi, je vais vous dire : aujourd’hui, j’aurais que la moitié de la maison, ça serait suffisant. Quand on est jeune… on veut arriver à faire quelque chose mais quand on arrive à 85 ou 86 ans, on aurait rien ça serait mieux…

 

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*** depuis cet entretien, un autre habitant a contesté pour la route de la rivière… si quelqu’un veut faire des fouilles…

 

 

Pierre CARRE est décédé le 11 mars 2010, peu de temps après cet enregistrement, sans m’avoir remis quelques photos marquant les évènements dont il a parlé…

 

 

 

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03/01/2015
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