Bonneuil en Berry

Bonneuil en Berry

Joël et Yolande

 

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Nés respectivement les 28 novembre 1948 et le 9 avril 1952.

Ici, si on prononce Joël F, on pense à la belle ferme joliment aménagée et fleurie,  de La Gâche, à droite avant d’arriver à Bonneuil en venant de Chaillac, ou bien, on pense à la mairie,  on pense à … 

Mais avons-nous la mesure de la passion équine de Joël, passion qui se décline depuis de nombreuses années avec de belles réussites.

Mais commençons par le début…

 

 

 

Arrivés à Bonneuil en septembre 1971

 

 « Nous avons acheté la ferme, presque par hasard, chez mes parents, nous avions un voisin qui travaillait à la Gâche et c’est ainsi que nous avons appris que la propriétaire vendait les 45 ha de la ferme de l’époque.

Nous allions y faire de l’élevage, parce que sur ces terres il n’y a guère le choix,  élevage de bovins de race limousine. Nous nous sommes ensuite agrandis et avons commencé par louer une partie des terres de Monsieur et Madame S., les terres de La Lande, (une 20aine d’ha). En 1992, nous avons acheté Bel Air, 1996 une partie de Home et aujourd’hui nous sommes propriétaires de 150 ha et nous en louons encore un peu, ce qui nous fait 200ha de SAU1»

 

 Sur ces terres nous faisons aussi quelques céréales pour les animaux, notre statut d’éleveur est « naisseur et engraisseur » ce qui signifie que tous nos produits sont nés et engraissés à la ferme. Ils sont également nés de taureaux inscrits au HERD BOOK LIMOUSIN.

Nous avons démarré avec des animaux croisés, pas des limousines, j’avais 23 vaches quand je suis arrivé ici, maintenant il y en a 150 ! 40 ans de travail. »

 

De loin on perçoit, des bâtiments neufs, des aménagements modernes, parlez nous de quelques conduites allant dans ce sens.

« Dans nos champs nous ne mettons pas de chaux mais du calcaire, la différence c’est que le calcaire est une matière brute alors que la chaux a été cuite. La chaux attaque la matière organique alors que le calcaire ne l’attaque pas. Ici nous sommes sur un sol sablo limoneux acide, il faut donc remonter le ph. Avec le calcaire on va aller moins vite mais du fait des sols hydromorphes2 il est très important de ne pas aller trop vite.

 

Nous pratiquons aussi le compostage du fumier car on obtient une valeur plus importante en NPK (azote, phosphore et potassium) et ces éléments sont assimilables plus vite sous cette forme.

 

Il faut une machine qui composte : elle broie et rend homogène, il n’y a plus d’air dans le tas donc la température de fermentation est plus élevée. Il faut refaire cette opération 2 fois ; en un mois et demi le composte est utilisable. Un compost dans lequel les mauvaises graines ont été détruites et, élément non négligeable, il n’y a plus d’odeur. Il y a 5, 6 ans que nous pratiquons cela et nous avons vu des résultats sur les prairies surtout, d’autre part, on peut y étaler le compost et y remettre les animaux quelques semaines après.

 

Toutes ces grosses machines font-elles partie de votre équipement personnel ?

Nous adhérons à une CUMA et c’est ainsi que nous partageons les machines pour le compostage mais aussi pour les copeaux. Pour cette dernière opération l’idée était de valoriser les branches plutôt que de les brûler dans le champ. Ces copeaux passent en paille, et ce qui nous a surpris, c’est que le fumier avec les copeaux monte davantage en température que le fumier de paille (5 à 10° de plus). Maintenant il n’y a plus de main d’œuvre pour faire le bois, avec ce système, tout passe à la machine, le prix de revient est plus élevé, mais il faut bien nettoyer ce qui en a besoin et c’est autant de paille que nous n’avons pas à acheter »

 

Joël, Yolande qu’est ce que vous avez réalisé qui ne se voit pas autant que le compostage ou les copeaux et qui est également innovant en matière agricole ???

« C’est sans doute l’engraissement des veaux, les gens les vendent en broutards, moi je les engraisse. Je les vends abattus à un exportateur qui les dirige vers la Grèce ou l’Italie du Sud. Je les livre à l’abattoir ce qui est très rare pour un éleveur. » 

 

Et la crise ?

 Elle est plus importante maintenant qu’au moment de la vache folle. Au moment de la vache folle avec la race limousine, on a continué de vendre. Actuellement c’est très dur, le marché français est très mauvais, on ne sait plus que faire des femelles. La femelle nourrit les français, à l’exportation, ils ne veulent pas de femelles lourdes, c’est le contraire des français. Ils souhaitent une viande claire alors que le Français veut une viande rouge.

 

 J’en ai appris des choses !!! alors si je comprends bien, les meilleurs taurillons, pardon, broutards, vont en Grèce ?

 Non, ni broutards, ni taurillons, on les appelle des « veaux de moins d’un an » et ce n’est pas nous qui choisissons le lieu d’exportation. A 366 jours ce n’est plus un « veau de moins d’un an » et sa destination n’est pas la même ! Un broutard a entre 7 et 8 mois et il part de l’exploitation vivant en vue de faire un taurillon. Le taurillon c’est le jeune bovin  de plus de 12 mois, généralement entre 15 et 18 mois, et moins de 24. Après c’est un taureau !

 

Ouahouh !!! nous allons être des ‘'pro’' du vocabulaire bovin, merci pour toutes ces précisions !

Savez-vous que cette appellation et ce critère de « veau de moins d’un an » fait suite à l’épisode de la vache folle. Chez ces veaux il n’y avait pas besoin d’enlever la colonne vertébrale. Et les bouchers d’Italie du sud et de la Grèce n’ont pas d’ateliers agréés pour enlever la colonne vertébrale. La tête est commercialisée en tête de veau jusqu’à un an, elle vaut quand même 15 € de plus!

 

Aujourd’hui un agriculteur doit avant tout être un bon gestionnaire, c’est une véritable entreprise.

Mais on touche plus d’aides que nous n’avons de revenus et ça c’est triste!


Une autre absurdité de notre système : on nous a obligé à nous mettre aux normes européennes, mais on paie quand même une redevance pollution par animal. Le comble du comble c’est que celui qui n’avait qu’un élevage de moins de 90 UGB (unité gros bétail= gros animal) n’est pas obligé de se mettre aux normes et ne paie pas de redevance!

 

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Les vaches, les veaux, les taurillons, les génisses et les chevaux alors ?

 

A  partir de là, comme s’ils avaient déposé une lourde charge accumulée sur leurs épaules, une étincelle de passion est apparue dans les yeux de Joël, un sourire a éclairé le visage de Yolande et le ton a bien changé, ce n’est pas le dictaphone qu’il m’aurait fallu mais une caméra !

 

J :« L’aventure a commencé en 1976, j’ai acheté une jument pour monter, tout simplement, et on l’a faite reproduire.»

Y :« Ça a été l’éclosion  du germe  de cette passion  qui l’habitait depuis qu’il était jeune et qu’il n’avait pu concrétiser, aussi quand il a été à son compte, il s’est fait plaisir»

Actuellement on fait de la reproduction avec sélection bien sûr ;  on a 8 chevaux qui font du jumping,

La sélection pour les chevaux est bien plus pointue que celle des bovins !

On emploie des étalons qui sont sortis à très haut niveau, même des champions du monde, donc des inséminations qui coûtent horriblement cher.

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J’ai eu un cheval qui est toujours ici, qui a eu le meilleur ISO de France à 4 ans, il s’appelle Quelespoir de Lagache! c’est le fils de Diamant de Sémilly et de Grâce de La Gâche !

 

Ça a l’air très important, mais qu’est ce que c’est un ISO ???

Un ISO est un Indice sur le Saut d’Obstacle, il avait un ISO de 127. C’est très rare, pour son âge.

 

On mesure l’indice par rapport au nombre de parcours sans faute dans l’année, ainsi que les gains.

 

Photo de Quelespoir de Lagâche

 

 

La mère de ce cheval s’appelle Grace de Lagache , elle est née à Bonneuil, c’est une fille de la première jument que Joël a acheté en 76, et le père du cheval est OUVATU 3 qui est venu à Chaillac, il n’avait rien fait mais il avait une très belle origine, il avait été acheté étalon par les haras nationaux à 3 ans, parce que c’était un fils d’URIEL et qu’il était bien fait.

La mère que j’ai acheté en premier est née en Angleterre, d’une écurie de la reine Elisabeth. Et le bouquet, c’est que j’ai vendu le premier fils de Grace de Gâche,  en Angleterre à John Whitaker (un des plus grand cavalier au monde, est-il besoin de le préciser pour les non initiés au monde des chevaux).

 

Où peut conduire l’achat d’un cheval !!!

« Surtout que je l’ai acheté aux enchères dans une vente des domaines, pour 3 fois rien. Je lui ai sauvé la vie, elle partait à la boucherie, j’ai levé le doigt, j’ai mis un peu plus cher et je l’ai ramenée à la maison. C’est elle qui nous fait ces superbes chevaux tous les ans et là encore elle va pouliner. Elle a 15 ans, c’est une jument qui finira ses jours ici. »

 

Comment rentre-t- on dans ses frais avec des chevaux ????

J : « Une saillie de Diamant de Semilly coûte 3500€ HT, on ne s’y retrouve jamais, mais en vendant les poulains on arrive quand même à rentrer dans nos frais… »

Y : « Il faut qu’il y en ait un qui paie pour les autres… on vend bien les étalons. »

J : «  Un étalon vaut plus cher, mais je préfère les juments parce que c’est plus facile à élever, un étalon c’est réservé à un professionnel, pas un amateur comme moi. Je suis sûr que les noms qu’on donne aux chevaux ont une incidence sur leur vie, exemple « Quelespoir de Lagache » parce que c’était un pari fou et dernièrement Mylord de Lagache , que j’ai vendu à un Anglais !

Quand j’ai vu que la jument pouvait faire des poulains susceptibles d’intéresser John Whitaker, j’ai compris que je pouvais réessayer. Ce sont toujours de gros enjeux. Mais il faut pas croire qu’il suffit de garder le cheval dans le pré et lui donner de l’herbe, c’est un travail énorme que celui de la valorisation. Il faut aussi travailler avec un bon jockey. C’est une carte à jouer. Là par exemple, il y a une jument que je voulais garder, on l’a faite travailler, au moment du concours elle était boiteuse, elle n’a pas eu de bons résultats. 0n a recommencé, elle a boité à nouveau, il faut donc arrêter mais il y a eu des tas de frais engagés. Pour une réussite il y a aussi des échecs. Il faut être joueur. »

Y : « Tout ceci nous a demandé un énorme travail de formation constante, de lecture, d’écoute, de participation, de partage. Entre éleveurs, ça va il y a toujours la passion, au niveau de la commercialisation c’est un niveau très dur et il faut être prudent.»

Vous pourrez trouver des articles sur nos chevaux sur le site de l’AECVL.

Si vous voulez voir sauter Starter de Lagache c’est ici 

 

Aujourd’hui :

« Avec le camping car, ce sont aussi des vacances. Nous attachons le van derrière et nous transportons nous-même notre cheval. Nous avons failli en perdre un lors d’un transport collectif et nous ne voulons pas reprendre ce risque.

La retraite va arriver mais pas pour les chevaux, nous allons pouvoir nous en occuper encore mieux,

 

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 De gauche à droite : Coraline, Vareine de La Gâche, Vénus de La Gâche

 

 

Joël, autre détail et pas un moindre, vous avez été maire de cette commune et à cette occasion vous avez marié votre fille ?

«  oui, et j’ai pleuré… j’étais conscient de la responsabilité que je prenais. Quand ma fille m’a demandé de la marier ça a été dur, mais c’était mon devoir de le faire., et elle était tellement contente…

Le difficile pendant ce mandat c’était organiser le travail à la ferme et le temps passé à la mairie, c’est presque impossible. Une fois, il m’est arrivé à Limoges à l’abattoir d’être bloqué dans un bouchon et d’avoir une réunion à Bonneuil. C’est pas bien, un autre jour, un 11 novembre il y avait une césarienne… ce sont 2 métiers qui ne vont pas ensemble. »

 

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Le mot de la fin :

Depuis 14 ans, notre fils et son épouse sont éleveurs, sur la ferme du grand-père. Nous leur souhaitons bon courage parce que les conditions économiques ne deviennent pas faciles. Mais ils ont la joie d’avoir 2 adorables enfants : Pacôme et Maud. De son côté notre fille, enseignante, a aussi 2 petits trésors : Clémence et Antoine. Est-ce que l’un d’entre eux aura le virus du cheval ? à suivre…

 

 

 

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1 - signifie Surface Agricole Utilisée pour l’élevage

2 - Un sol est dit  hydromorphe lorsqu'il montre des marques physiques d'une saturation régulière en eau.



03/01/2015
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